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Photojournalisme, un Courriel adressé à 562 députés

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Ce soir, je vous propose de lire attentivement le courriel, adressé le 31 septembre 2010 à 562 députés, à l’initiative de Mario Fourmy entouré de quelques collègues photojournalistes indépendants, parmi 2000 autres. Nous vous rappelons que notre catégorie « ACTU : Droits d’auteur« , regroupe tout ce qui concerne cette question (liens, actions, pétitions, tribunes, etc…).

 » Mesdames et messieurs les Députés,

après Mme Valérie Boyer (UMP) le 08 septembre 2010, c’est Mme Marylise Lebranchu (PS) qui a reçu, le 28 septembre,  quatre photojournalistes indépendants qui mènent une action auprès de vous les parlementaires.

Nous avons eu une réunion avec Mrs Barroy et Peyrègne du Ministère de la Culture et Communication en charge de la photographie au cabinet du Ministre.

Nous avons été invités par France-Inter dans l’émission Service Public d’Isabelle Giordano du 17 septembre, consacrée à la Presse et la photo. Emission où sont intervenues Diane Dufour (agence photo Magnum et Le Bal) et Frédérique Babin (Le Monde Magazine)

D’autres députés nous ont fait part de leur intérêt pour ce sujet (Mme J.Irles, Mr M. Gremetz, Mme N. Ameline, Mme F. Imbert, Mr F. Asensi) et de nouveaux députés souhaitent nous rencontrer (Mr JC Taugourdeau, Mr D. Douillet). D’autres rendez-vous sont prévus avec le Ministère de la Culture et de la Communication.

Les premiers contacts révèlent la méconnaissance totale de notre profession et de notre journalisme à nous les indépendants.

Ils révèlent aussi le délabrement du respect du droit d’auteur. La déferlante des images gratuites ou à bas coûts provenant d’agences peu regardantes sur la destruction d’une profession. Droit d’auteur bafoué pour répondre à des logiques économiques anglo-saxonnes.

Il faut que nous puissions continuer à vous rencontrer pour vous décrire une situation intenable où la plupart des photojournalistes ont perdu 80% de leurs revenus en cinq ans. La grande majorité d’entre nous est sous le niveau des 1000 euros / mois. Sachant que pour certains reportages, un long travail préparatoire de contacts et réperages nous fait travailler sans percevoir un seul euro.

Le travail de post-production est souvent équivalent au temps de reportage (lecture de l’ensemble des documents, choix, traitement des images et légendages+vérifications des informations receuillies). En outre, notre statut de journaliste non salarié ne nous donne droit à aucune aide, pas de droit au chômage et pas, éventuellement, d’accès à une formation (nouveaux logiciels, images type vidéo). Nous sommes moins considérés socialement que les gens du spectacle… Qui, mieux organisés (bloquer un festival comme Avignon est une force pour revendiquer ses ou des droits…), bénéficient de prestations compensatoires. 

De nombreux photojournalistes s’intérrogent  et doutent de leurs compétences. Aucun calendrier de travail ne peut se dessiner pour les prochains mois. L’argent du juste travail ne rentre plus. Nos archives photographiques se meurent face à des pratiques peu repectueuses du citoyen, qui consistent à se fournir sur des bases d’images « fabriquées » à l’étranger. Pour exemple, une brochure éditée par une mutuelle française, avec des « interviews » (vrais ou fausses ?) de sociétaires et illustrés par des portraits issus d’une banque d’image à bas coûts. Portraits produits à l’étranger.

Notre population d’environ 2000 journalistes ne peut plus poursuivre aujourd’hui son activité. La presse est en péril, nous ne sommes que la première ligne à tomber.

Deuxième point de notre combat, la gestion par des groupes anglo-saxons du patrimoine photojournalistique français (30 années de couverture des évènements de la planète). En effet les agences françaises Sygma et Gamma (avec les fonds de Rapho, Jacana, etc.) sont ou vont tomber dans l’escarcelle des Corbis et Getty.

L’AFP travaille déjà en partenariat avec l’agence de presse américaine Getty. L’agence Sipa est pour le moment dans le giron du groupe pharmaceutique Fabre, mais pour combien de temps encore ? Les agences de presse, comme les photojournalistes indépendants, sont exsangues. Leurs vies sont virtuelles.

Il faut à un moment légiférer pour redonner une légitimité à l’ensemble des acteurs du secteur de la presse.

Le droit d’auteur doit redevenir le soutien financier incontournable des photojournalistes pour qu’ils puissent poursuivre leur travail avec des rémunérations décentes et respectueuses du travail accompli. Le « DR » (droit réservé) doit être intégré dans la chaine financière de fabrication des journaux et dans l’édition. Toute photo publiée doit avoir un prix et un prix qui ramène le choix de l’éditeur vers l’information photojournalistique. Un « DR » facturé à un prix élevé,  pour d’une part alimenter un fond destiné au soutien de la photographie de presse et d’autre part pour dissuader la consommation de ces images qui sont souvent de la publicité « déguisée ».

Mme Valérie Boyer s’attaque, par son projet de loi, à la mention obligatoire sur les images retouchées. Protection des jeunes populations face à une réalité « truquée » Cela est bien.

Nous, photojournalistes indépendants, nous souhaitons une plus grande lisibilité de la source des photographies pour le lecteur, le respect du droit d’auteur et une législation ferme sur l’usage abusif du DR. La presse ne retrouvera une crédibilité que le jour où elle redonnera une vraie place à des photographies issues d’un travail journalistique. Images illustratives oui, mais surtout photographies informatives. Cessons la culture « bouillie » dérivée de la télévision. Attention aux futurs OGM, Opinions Gravement Manipulées.

Les photojournalistes travaillent chaque jour pour tenter d’informer le citoyen. Vous êtes citoyen autant que député. Agissez pour que nous puissions poursuivre notre travail de témoin. Si nous disparaissons demain, nos enfants, vos enfants, s’interrogeront sur le vide de notre société en terme de documents fiables. Que ce soit sur un iPad ou  un support papier, l’histoire de notre époque ne trouvera plus de matière photographique. Les historiens pourront toujours chercher dans les archives des actuels « citoyens journalistes », développés par certains titres de presse, pour décrire notre société. Je souhaite à ces historiens beaucoup de « plaisir ».

Le Ministre de la Culture et de la Communication a ouvert un vaste chantier dans le domaine de la photographie. Des rencontres débutent le 05 octobre entre Ministère et organisations professionnelles de nos métiers. Nous le soutenons. Mais le ministre a besoin non seulement du soutien des acteurs du secteur du photojournalisme (agences de presse, photojournalistes salariés/ indépendants et journaux/édition) mais aussi de celui des parlementaires pour valider ses premières décisions législatives. Décisions réflèchies, fruits des concertations constructives, mais à prendre rapidement, car nos revenus fondent comme neige au soleil. Nous ne bloquerons pas les routes, ni ne feront exploser une bonbonne de gaz entourés de caméras de TV et de photographes, encore, salariés. Nous resterons à pleurer sur nos boitiers et nous essuierons nos larmes dans nos factures…

Nous restons à votre dispostion pour toute rencontre qui puisse vous faire entendre la voix des photojournalistes indépendants.

Antoine Devouard, Eric Bouvet, Mario Fourmy, Alain Noguès, Gérard Vandystadt et tous ceux signataires de la pétition « Sauvons la photographie »

Mario Fourmy / photojournaliste indépendant parmi 2000 autres.

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25 commentaires

  1. c’est bien parce que la situation se dégrade que je préfère garder mon poste de business developer export que de me lancer la photo (alors que j’aime ça)

  2. C’est la même chose pour les auteurs… un jour viendra ou tout les livres auront une couverture et des illustrations fotocaca.

  3. ouais, tu parles, les députés s’en cognent. Pour eux la photo, c’est Paris Match.
    Demande à Mme Lebranchu ce qu’elle fait pour la photo, elle te réponds qu’elle est en forme la photo, la preuve, les mairies sont équipées d’APN pour les photos d’identité…
    C’est dire le chemin qui nous reste …
    Et encore, et encore, j’attire votre attention sur quelque chose, la situation est grave, mais on a pas encore vu débouller les centaines de milliers de photographes chinois qui vont débarquer dans les prochaines années sur le marché mondial de la photo d’illustration.
    La Chine a raflé quasiment tous les marchés dans tous les domaines, il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même pour la photo…
    Pour info, mon FAI est Neuf/SRF. Vous devriez voir la page d’accueil du portail SFR et les photos d’actu. Que du Fickr…
    c’est à gerber.

  4. Je suis tout à fait solidaire bien sûr, mais la lettre n’est pas écrite de façon très claire. On ne sent pas vraiment où ils veulent en venir.
    Peut-être aurait-il pu faire appel à un collègue de l’écrit ?

  5. aller, un bel exemple. Le site de l’HADOPI, ça vous dit quelque chose ? Ben leurs photos, devinez d’où elles viennent ? Masterfile.com. Rien que du Libre de Droit de merde.
    ils veulent protéger les droits d’auteurs ? Heu… on nous prendrait pas pour des cons abrutis des fois ?

  6. bonjour
    à propos de la proposition de loi 441 voici les quelques raisons pour lesquelles nous en sommes en désaccord- sur http://www.snadi.org/
    en vous remerciant par avance de votre visite – je reste bien sûr à votre disposition pour de plus amples informations –
    cordialement à tous
    philippe dubois président du Snadi

  7. Est ce que la situation des photo-journaliste est différente des salariés de l’industrie,des services ou de la fonction publique?
    Certainement pas alors je m’étonne de ne pas entendre la voix des photos journalistes à propos des luttes sociales actuelles dont celles sur la réforme des régimes de retraites.
    En quoi ces professionnels de la photos sont des créateurs culturels voire des artistes? Sans doutes que 5 à 10% sont des créateurs et l’immense majorité sont d’honnêtes réalisateurs de clichés bénéficiant d’une carte de presse et revendiquant haut et fort un statut de profession libérales .A propos combien de ces professionnels sont syndiqués à la CGT,CFDT,FO……
    Alors avant que l’on puisse partager de l’empathie pour ces travailleurs du clichés il faudra qu’ils indiquent ou ils se situent en matière d’engagement social.
    Je ne doute pas que mon apostrophe provoque le courroux des apolitiques pleurnichards qui ne s’engagent jamais dans un combat social collectif et citoyen (acteur dans la vie de la cité)

  8. Tintin, mon petit, tu chies dans la gamelle des photographes indépendants.
    C’est bien, ça nous amène à nous poser la question de la solidarité.
    Tu exècres les professions libérales, c’est ton droit.
    Tu sais ce que c’est une carte de presse Tintin ? Et à quoi ça sert ? Tu penses surement qu’on touche des primes de noël et de rentrée avec la CP et qu’on peut mettre nos gamins à la crèche gratuite du CE sans doute ?
    Mon pauvre. Descend de ton arbre et vient donc un peu avec nous on va faire un comparatif de nos statuts sociaux. Voire de nos salaires, mais on s’égare…
    Tu la ramèneras sans doute un peu moins…
    J’imagine, puisque tu ne supporte pas les professions libérales, que tu fais parti de ceux, pauvres, qui ne vont que dans les dispensaires de la croix rouge quand tu as une grippe et que JAMAIS, oh non, jamais tu ne demanderais un arrêt de travail à un docteur, hein. Depuis 25 ans, Tintin, je n’ai JAMAIS EU d’arrêt de travail. Et toi ? combien toi et tes proches vous en avez bénéficié, délivrés par un « profession libérale » ? Tu ne vas jamais chez le Kiné? jamais eu besoin d’un avocat? tu ne regardes jamais les photos dans les magasines, les livres, les journaux, l’internet ?
    Tintin, tu sais quoi, tu es un concentré d’hypocrite.
    QUEL EST LE RAPPORT ENTRE LA REFORME DU REGIME DES RETRAITES ET LE FAIT QUE LES PHOTOGRAPHES INDEPENDANTS SONT LACHES PAR TOUTES LES INSTITUTIONS ET TOUTES LES INSTANCES SOCIALES ????
    LA VOIX DES PHOTOJOURNALISTES ET DES PHOTOGRAPHES INDEPENDANTS C’EST LEURS PHOTOS. ON ECRIT PAS, ON PHOTOGRAPHIE.
    Je ne suis pas un pleurnichard mon pote, j’ai fait un choix professionnel il y a longtemps et je l’assume, de plus je revendique depuis toujours être non pas un citoyen français (parce que à l’étranger, dire qu’on est français, c’est tout de même souvent gravement la honte, surtout quand on voit le niveau et le comportement de nos syndicats justement qui , face à la crise, leur première réaction, c’est de tout arrêter, ça c’est de la solidarité), non, mais citoyen du monde, c’est tout. Je sais bien que dans l’esprit des gens comme toi, si tu n’es pas à la CGT ou FO tu es un con.
    On voit immédiatement par ta prose que toi, ton implication, elle s’arrête à la cité. Désolé, perso c’est un peu au-delà…
    Tu connais cette réplique n’est-ce pas : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnait ».
    Je te laisse méditer Tintin. T’aurais pas pu être reporter mon Tintin, parce qu’un reporter doit avoir une vision globale et posée des choses, et la tienne me semble un peu étriquée…

  9. Très cher Chris
    Dommage que vous ayez utilisé la véhémence grossière pour votre expression pour exprimer votre amertume, voire votre colère devant les difficultés qui vous empêchent de vivre correctement.
    Votre propos dans son ton et sa forme insultante à l’égard de tous ceux qui vous posent la question de savoir quel est votre engagement social et citoyen ne plaide pas pour que l’on ait de la compassion à votre égard.Vos pleurnicheries sarkoziennes voir Sarkozistes ne plaident pas en votre faveur.

  10. 1/ mais je vis TRES BIEN de mon job, de ma passion et je suis révolté pour mes confères qui gagnent, eux, même pas le smic. Je te rassure, moi, ça roule !
    2/ le grossier c’est pas moi, relis toi, mais relis toi !!!
    3/ Sarko qui ? mon pauvre, tu t’aveugles toi même !
    4/ mon engagement pour les autres, je ne l’étale pas, moi. Mais encore, je te rassure, il est efficace et fonctionne très bien.
    5/ oui, effectivement Audiard était génial !
    il ne manquait plus que ça ici, de la politique de comptoir, JF ne doit pas en croire ses yeux !

  11. Tu avoueras tout de même JF qu’un mec qui sort de je ne sais où et qui te demande ta carte du Parti Communiste, c’est tout de même gonflant !
    En même temps, c’est assez drôle !
    A+

  12. Merci d’avoir mis en ligne cette pétition, ça m’ a permis d’en prendre connaissance et d’en faire prendre connaissance. A ce propos, où peut-on trouver une grille tarifaire (convention collective) pour définir ses tarifs et ne pas casser le marché pro ? Je m’explique : mon métier (celui qui me fait manger) n’est pas photographe, mais je tends à développer cet aspect dans une démarche de « photographie sociale ». J’ai donc l’occasion de pouvoir faire un reportage sur le long terme (un an) sur un territoire. Je dois donc faire un budget comprenant ma présence sur le terrain et la réalisation d’un livre auto-produit. J’ai estimé le temps à environ une centaine de jours sur un an. Avez-vous une idée du tarif horaire que je peux appliquer ?
    Merci et bon courage
    David

  13. La loi Cressart et le droit à l’image ont tué ce métier à petit feu.
    David n’oublie pas que ce tarif est une base mais que les prix sont libres.
    A ceux qui pleurent, qu’attendez-vous pour changer de boulot ?
    Qui a décidé qu’un métier c’était pour la vie ? Vous attendez des aides de l’état ??? des subventions ??? une allocation pour photographe en danger ???
    Ce métier est foutu c’est pas compliqué à comprendre. On a la presse la plus subventionnée au monde et avec leurs syndicats obtus, tout est sclérosé, rien ne change !!!

  14. Merci encore pour toutes vos réponses. Pas simple de fixer un prix quand on débute. L’important pour moi qui vit d’un autre métier étant avant tout de ne pas casser le marché. Même si là c’est moi qui suis à l’origine et moteur du projet, et donc je n’ai pas l’impression de voler la place de quelqu’un pour qui c’est le métier.
    Bon courage à tous. Votre place dans l’information est cruciale, ne lâchez pas.

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